Sarah Connor ?

Quels voeux pour cette nouvelle année ? Rien ! Du moins rien d’annoncé à la cantonnade aux proches, mes voeux les plus chers restent à l’intérieur, bien enfouis comme si cela augmente leurs chances de se réaliser. Depuis 10 ans, je me sens dans la tête de Sarah Connors, vous savez l’héroïne de Terminator, celle qui sait que le monde va basculer, et qui s’y prépare pendant les années qui restent pendant que le reste du monde continue à tourner.

Aucun envoyé du futur n’est venu m’annoncer de catastrophe (pour terminer le parallèle avec Terminator) mais je m’intéresse à beaucoup de domaines en dehors de l’informatique et Internet est une source inépuisable depuis longtemps. J’avais un excellent professeur d’histoire-géographie au lycée qui nous demandait de regarder le JT la veille des cours. Le lendemain, il prenait un sujet abordé brièvement (comme tous les sujets enchaînés au journal télévisé), c’était souvent un sujet international et il remontait le temps pour nous expliquer les tenants et aboutissants et finalement nous faire comprendre le présent. J’adorais et c’est cette année là que j’ai compris, bien tardivement, à quoit servait vraiment l’Histoire.

Vers 2006, je découvrais le blog de Paul Jorion et ses articles économiques qui donnaient une lecture de l’actualité différente des médias traditionnels ; c’était construit, justifié, scientifique et petit à petit ça montrait l’imminence d’une crise financière alors que personne n’en parlait. Et elle est arrivée, la fameuse crise ! Des gens ont perdu leur emploi et leur maison, des banques ont fait faillite. C’était la preuve que le système financier basé sur la croissance infinie ne peut plus fonctionner et, selon moi, le coup de semonce annonciateur d’une nouvelle ère où on allait repenser tout ce qui ne marche pas : le consumérisme à outrance, la spéculation sur les récoltes, les fonds de pension… la liste est longue ; et naïvement je pensais qu’on reviendrait à un capitalisme modéré qui ne mise plus sur des bulles mais sur la vraie valeur des entreprises et le développement durable. Naïveté quant tu nous tiens… les choses ont repris sur le même tempo ; on a condamné quelques sous-fifres, réinjecté de l’argent public dans les banques pour sécher les larmes des banquiers, et dans quelques grosses entreprises qui faisaient un chantage au chômage (comme l’industrie automobile au U.S.) et repris le Business as usual.

Mais dans ma tête, la certitude que ça ne pouvait pas aller bien loin sans changement était ancrée. Et le courant de la collapsologie, qui a depuis peu des articles dans la presse grand public, confirme que ce n’est plus une idée marginale. Le sujet est devenu mainstream car beaucoup de gens en ont pris conscience et sont inquiets. Certains ont dépassé le stade du deuil, l’étape difficile où il faut accepter que le monde que nous avons connu va changer drastiquement et irrémédiablement, et ils se tiennent au courant, veulent savoir quelles crises surviendront en premier et comment se préparer pour en souffrir le moins. Face à ce futur pas très réjouissant, je constate deux réactions la plupart du temps :

La décroissance, ce n’est pas la fin du monde… mais ça y ressemble un peu. Et pendant que des scientifiques brillants gaspillent leurs neurones pour installer une colonie sur Mars ou construire des voitures sans chauffeur pour que des crétins puissent consulter leur fil Facebook au lieu de conduire, les grandes décisions ne sont pas prises. L’écologie c’est super mais ça ne va pas assez vite car il ne faut brusquer personne : ni les états, ni les grandes entreprises, ni les citoyens. Les politiques ne sont élus que pour 4 ans, les entreprises veulent du profit, les citoyens ne sont pas prêts à changer de paradigme. Et c’est là le drame de la situation : regarder l’iceberg se rapprocher pendant que les gens dansent devant l’orchestre.

Moi l’optimisme forcé, ça n’a jamais été mon fort ; je préfère la lucidité et je constate la révision des données chaque année, ce pic pétrolier qu’on estimait vers 2050 et qui est déjà derrière nous, l’emballement du réchauffement qui force les scientifiques à réajuster leurs projections chaque semestre. Alors il ne faut pas prendre toutes les études pessimistes pour argent comptant et sombrer dans le désespoir mais se tenir au courant, essayer de faire la part des choses et voir comment se positionner face aux bouleversements à venir (je trie mes déchets mais ça ne suffit pas).

Quelques références en vrac :

  1. Usbek et Rica : Lanceurs d’alerte ou survivalistes sectaires : qui sont vraiment les collapsologues ?
  2. Peertube: Pablo Servigne : penser l’effondrement de notre monde
  3. partage-le.com : Nicolas Casaux : Le problème de la collapsologie